Mon enfant est dyslexique : faut-il renoncer au bilinguisme ?

C'est l'une des questions les plus fréquentes dans les familles bilingues :

« Mon enfant est dyslexique. Est-ce qu'apprendre deux langues risque d'aggraver ses difficultés ? »

La réponse courte est non.

La réponse complète est un peu plus nuancée, mais les recherches sont aujourd'hui assez rassurantes : le bilinguisme n'est pas considéré comme une cause de dyslexie, ni comme un facteur qui aggrave ce trouble.

Un mythe encore très répandu

Pendant longtemps, certaines familles se sont vu conseiller de « choisir une seule langue » afin de ne pas « surcharger » l'enfant.

Cette recommandation partait d'une bonne intention, mais elle reposait sur une idée aujourd'hui largement remise en question : celle que le cerveau disposerait d'une capacité limitée pour apprendre plusieurs langues lorsqu'il présente un trouble des apprentissages.

Les recherches actuelles ne soutiennent pas cette hypothèse.

La dyslexie est un trouble neurodéveloppemental qui affecte principalement l'acquisition de la lecture et le traitement des sons du langage (traitement phonologique). Elle n'est pas provoquée par l'exposition à plusieurs langues.

Ce que montrent les recherches

Les études disponibles convergent sur plusieurs points.

  • Le bilinguisme ne provoque pas la dyslexie.
  • Les enfants bilingues dyslexiques présentent des difficultés de lecture comparables à celles des enfants dyslexiques monolingues, une fois prises en compte leur niveau d'exposition à chaque langue et leur niveau scolaire.
  • Grandir avec deux langues ne semble pas aggraver les difficultés liées à la dyslexie.
  • Les difficultés peuvent apparaître dans les deux langues, mais leur intensité varie selon les caractéristiques de chaque langue, le niveau d'exposition et l'enseignement reçu.

Autrement dit, un enfant dyslexique aura probablement besoin d'un accompagnement dans chacune de ses langues, mais ce n'est pas le bilinguisme qui crée la difficulté.

Toutes les langues ne présentent pas les mêmes défis

Les langues ne demandent pas les mêmes efforts pour apprendre à lire.

Certaines, comme l'espagnol, l'italien ou le turc, possèdent une orthographe dite plus transparente : les correspondances entre les lettres et les sons sont généralement régulières.

À l'inverse, des langues comme le français ou surtout l'anglais présentent davantage d'irrégularités.

Ainsi, un enfant dyslexique pourra parfois apprendre à décoder plus facilement une langue à orthographe transparente. Cela ne signifie pas que cette langue « soigne » la dyslexie, mais simplement que certaines caractéristiques linguistiques peuvent rendre l'apprentissage de la lecture plus accessible.

Ce qui compte vraiment : la façon d'apprendre

Le facteur déterminant n'est pas le nombre de langues, mais la manière dont elles sont transmises.

Un enfant dyslexique bénéficie généralement :

  • d'une exposition régulière et répétée à la langue ;
  • d'activités multisensorielles (images, gestes, manipulation, écoute, jeux) ;
  • d'un enseignement progressif, adapté à son rythme ;
  • d'une faible pression sur la lecture et l'écriture lors des premières phases d'apprentissage ;
  • d'interactions orales riches et fréquentes.

Les jeux, les chansons, les histoires racontées, les cartes illustrées et les routines du quotidien sont souvent d'excellents supports, car ils permettent d'enrichir le langage sans faire reposer l'apprentissage uniquement sur l'écrit. Des jeux bilingues comme MEMORA sont particulièrement adaptés : ils s'appuient sur l'image, la mémoire visuelle et l'interaction orale en famille — sans écran, sans pression, avec du plaisir.

Le rôle des parents

Si votre enfant est suivi par un orthophoniste ou un autre professionnel spécialisé, n'hésitez pas à parler de votre projet bilingue.

Aujourd'hui, de nombreux professionnels recommandent de maintenir les deux langues lorsque cela est important pour la vie familiale ou culturelle de l'enfant, tout en adaptant les objectifs et les supports à ses besoins.

Abandonner une langue familiale n'améliore généralement pas la dyslexie, mais peut avoir des conséquences sur la communication avec la famille, le sentiment d'appartenance ou la transmission culturelle.

En conclusion

Être dyslexique n'empêche pas de devenir bilingue.

Le parcours peut demander davantage de temps, davantage de répétitions et un accompagnement adapté, mais les connaissances scientifiques actuelles ne justifient pas de renoncer à une langue familiale uniquement en raison d'une dyslexie.

L'objectif n'est pas d'aller plus vite.

L'objectif est de permettre à l'enfant de grandir avec toutes les langues qui font partie de son histoire.

Sources

  • IDA — Le bilinguisme ne cause pas la dyslexie ; aucune preuve qu'abandonner une langue améliore la lecture.
  • ASHA — Les enfants avec troubles du langage peuvent apprendre plusieurs langues ; adapter les interventions plutôt que limiter les langues.
  • Cummins, J. — Bilinguisme et interdépendance des langues.
  • Kovelman, Baker & Petitto (2008) — Développement cérébral des enfants bilingues.
  • Geva & Siegel (2000), Geva (2006) — Lecture et dyslexie chez les enfants bilingues.
  • Goswami, U. & Snowling, M. — Bases phonologiques de la dyslexie.

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